L'intelligence des pieuvres.

Je trouve que certains auteurs de science-fiction qui décrivent des extra-terrestres le plus souvent humanoïdes manquent cruellement d’imagination. Pas besoin d’aller chercher les aliens bien loin, prenez un poulpe (ou une pieuvre, c’est synonyme) : pas de squelette, une tête à la chair élastique, 8 bras d’une puissance extraordinaire, 3 coeurs, 9 cerveaux. Capable de changer de couleur à sa guise. Pas juste de couleur en fait, la peau des pieuvres peut imiter n’importe quel motif même complexe, et elles s’amusent à prendre l’apparence (et le comportement) de prédateurs dangereux (comme le poisson scorpion ou le serpent tricot rayé) pour éloigner les gêneurs ou encore sont capables d’imiter le Bernard lermite pour faire croire qu’elle est protégée par une solide carapace. Des expériences à l’aquarium de la Corogne, en Galice, ont montré qu’elles sont mêmes capables de se camoufler sur un fond géométrique artificiel aléatoire ou régulier. Leur camouflage n’est pas un simple réflexe instinctif mais le résultat d’une combinaison d’observation et de volonté. Franchement, ET peut aller se rhabiller.

Du point de vue de son intelligence, les stratégies et globalement les performances de la pieuvre sont comparables à celles de l’homme.

Les poulpes cherchent en permanence à comprendre leur environnement et sont doués d’un sens de l’observation hors du commun.

En fouillant un peu dans les sous-sols de l’Internet, j’ai déniché un formidable reportage de Thalassa, intitulé “Planète Pieuvre”, diffusé en avril dernier. Ce documentaire  relate de nombreuses expériences menées pour mesurer l’intelligence de ces céphalopodes.

Voici quelques exemples de problèmes totalement inconnus dans la nature et qui ne résistent pourtant pas plus de quelques minutes à l’intelligence du poulpe.

  1. Dévisser le couvercle d’un bocal pour accéder à un crabe qui y est enfermé (démontrant non seulement de la dextérité, mais encore un raisonnement logique et pas mal d’imagination);
  2. Aller se servir dans les nasses des pêcheurs galiciens pour manger à l’oeil, et ils n’ont bien sûr aucune difficulté pour ressortir du piège;
  3. Récupérer un crabe introduit de force dans un récipient à col de cygne (impossible à sortir du récipient, donc). Pour info, nos proches cousins chimpanzés, d’une intelligence pourtant remarquable sont incapables de résoudre ce problème;
  4. S’évader d’une boîte de verre ne contenant qu’une ouverture de 6 cm de diamètre (6 cm, c’est la taille de son bec, la seule partie rigide de son corps). Par contre, si l’ouverture fait moins de 6 cm, la pieuvre n’essaye même pas de s’échapper, elle sait qu’elle ne passera pas. Elle mesure l’ouverture avec un tentacule et décide d’y aller ou non);
  5. S’échapper d’un labyrinthe de verre à l’itinéraire inconnu, en étant entouré de prédateurs. La pieuvre met quelques minutes la première fois, mais ce qui est intéressant, c’est qu’elle ne met plus que quelques secondes à partir de la 2e fois, démontrant qu’en plus de tout le reste, elle a une excellente mémoire !

 

On a affaire  une créature capable de déduction, de raisonnement logique, de stratégies, de conduites instrumentales (je ne l’ai pas indiqué dans les exercices, mais la vidéo de la noix de coco comme abri est éloquente à ce sujet !), de mémoire à court et à long terme, alors qu’il s’agit d’un mollusque, plus  proche génétiquement de l’huître et de la limace que de tous les autres animaux!

Mieux, chacun des bras dispose de son propre cerveau, qui n’a pas à rendre de comptes au système nerveux central pour prendre ses décisions. 250 millions de neurones dans le cerveau central et 50 millions dans chacun des 8 bras… 650 millions de neurones en tout pour une intelligence comparable à la nôtre, qui en comptons quelque 100 milliards ! Comment expliquer un tel rendement ? Des équipes entières de chercheurs en neurosciences sont en train d’étudier la question.

Alors, avec une telle intelligence et de si nombreux avantages évolutifs, comment se fait-il que ce soit l’homo sapiens qui domine le monde et pas le poulpe ? (Abstraction faite du regretté Paul, bien entendu)

Eh bien, l’homme est un animal social, comme la plupart des mammifères. Il tire ses avantages de son mode de vie en société, de sa communication et collaboration avec ses pairs, et en l’occurrence, contrairement à la plupart des mammifères, de son langage et de sa culture ! Chez nous, le savoir se transmet de génération en génération. On bénéficie des inventions et découvertes passées : on n’en serait pas où on en est si chaque individu devait redécouvrir le feu et réinventer la roue…

C’est exactement cela qui se passe chez le poulpe. Les parents meurent juste avant la naissance des petits et ceux-ci sont livrés à eux-mêmes avant d’être secs derrière les oreilles: ils doivent repartir à zéro, tout redécouvrir, tout réinventer.

Ceci étant dit, le dernier passage du reportage de Thalassa que je mentionnais tout à l’heure évoque de nombreuses recherches qui concluent à un changement de comportement chez les pieuvres. Il semblerait que les individus d’une même génération, sans doute en raison des pressions auxquelles leur environnement en mutation les soumet, déploient de nouvelles stratégies d’imitation et d’apprentissage. Ils ne doivent plus tout redécouvrir seuls mais sont capables d’apprendre les uns des autres et de bénéficier des expériences des autres pieuvres.

La planète des pieuvres (extrait) - Thalassa

C'est pas sorcier -POULPES FICTION

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